Buveurs de vent de Franck Bouysse

Ayant reçu ce livre en cadeau, je me lance un peu à l’aveuglette dans ma lecture sans avoir lu le résumé. Le changement d’ambiance est radical par rapport à ma dernière lecture Outlander. Fini le romantisme du XVIIe siècle en Ecosse, me voici dans le fin fond de la Corrèze, dans une ville ouvrière. Difficile de dire en quelle année se déroule l’histoire car les codes et références culturels sont complètement bouleversés mais je reviendrai sur ce sujet plus tard.

Présentation de nos protagonistes, 4 enfants portant les noms des apôtres, recevant une éducation difficile d’une mère un poil trop dans la religion et d’un père qui n’a jamais souhaité l’être. Sous le même toit vit également le grand-père qui a perdu sa jambe lors d’un accident particulièrement injuste. Ce portrait de famille ne crie clairement pas le bonheur. Les enfants ont pour distraction de se pendre avec une corde depuis un pont; Mathieu et Marc, les deux fils ainés, Mabel, l’unique fille de la fratrie et Luc, frère cadet avec un léger retard. Les premières pages du roman commence par une scene incestueuse entre les deux derniers enfants qui met en avant le cadre particulier dans lequel ils grandissent.

Si au départ on pense être en France, l’auteur joue avec les codes car plusieurs éléments sont en rapport avec les Etats-Unis. Tout d’abord la création de la ville par Joyce, puissant homme d’affaires qui a créé une ville à son image en y possédant, les bâtiments, hôtels et restaurants et surtout l’usine hydraulique alimentée par le barrage qui produit l’électricité de la ville. Il a donné son nom aux rues « Joyce 1 », « Joyce 2 » et il est toujours accompagné de ses garde du corps. Tout ça donne un air de gang de mafieux américains. Il y a même un shérif dans cette ville, Lynch, qui roule en Jeep kaki. Les noms des personnages sont aussi à consonance américaine. J’ai aimé ce mélange des codes qui m’ont rappelé la série Sex Education où des élèves aux accents britanniques sont dans une école typiquement américaine, tandis qu’ils vivent dans un décor rappelant le Canada.

Je crois que j’ai préféré la forme au fond dans ce roman bizarrement. A chaque page je me demandais, mais où est-ce qu’on m’emmène ? Le chapitres sont très courts, 2-4 pages, et sont chacun orientés sur un personnage différent. Cette forme permet de lier les petites histoires à la grande. Et autre remarque, les dialogues ne sont pas présentés comme habituellement avec des tirets.

Dans ce huit-clos qui se lit particulièrement vite, j’ai été plus marquée par l’atmosphère que par l’histoire. J’attendais la fin avec hâte, dont la conclusion correspondait curieusement à mes attentes. Comment s’attendre à autre chose ?…

On s’embrasse, on acclimate, on déraisonne, on raccommode, on s’accommode, on marchande, on saisit, on repousse, on ment, on fait ce qu’on peut, et on finit par croire que l’on peut. On veut faire croire aux hommes que le temps s’écoule d’un point à un autre, de la naissance à la mort. Ce n’est pas vrai. Le temps est un tourbillon dans lequel on entre, sans jamais vraiment s’éloigner du coeur qu’est l’enfance, et quand les illusions disparaissent, que les muscles viennent à faiblir, que les os se fragilisent, il n’y a plus de raison de ne pas se laisser emporter en ce lieu où les souvenirs apparaissent comme les ombres portées d’une réalité évanouie, car seules ces ombres nous guident sur cette terre.

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