Kiffe kiffe demain de Faïza Guène

Alors je ne sais pas si ce livre vous parle mais pour moi c’est retour au collège. C’était le seul et unique livre étudié en classe que les élèves aimaient. Mais pas de chance pour moi car ce sont les 6e1 qui l’ont étudié alors que nous les 6e3 on avait des classiques et c’était nul. Bref. Événement improbable, je n’avais pas entendu parlé de ce roman depuis mes 11 ans jusqu’à ce que je le découvre dans une librairie de Londres ! J’ai lu les premières pages et je l’ai acheté.

Kiffe kiffe demain c’est le journal intime d’une ado de 15 ans, Doria, qui a grandi dans une cité HLM de Livry-Gargan en banlieue parisienne. Enfant d’immigrés marocains, elle est élevée seule par sa mère suite au départ d’un père violent, déçu de ne pas avoir eu de fils et qui a préféré retourner au bled pour avoir une femme plus fertile et susceptible de lui donner un garçon. Doria grandi dans un environnement bercé par les aides de la CAF, l’assistance sociale, Hamoudi qui vend du shit en bas de l’immeuble, Jozeph qui est envoyé en taule et une maman illettrée complètement exploitée par son employeur. C’est un petit rappel pour moi du film La vie scolaire (2019) de Grand Corps Malade que j’ai vu récemment. Sauf qu’ici on retourne dans les années 2000 !

Doria a des posters des 2be3, elle loue des cassettes au vidéoclub, elle regarde Perdu de vue et le Juste Prix à la télé, Bertrand Delanoë est maire de Paris. Elle utilise de l’argot et des codes de langages typique des cités ou de ces années. Ce roman est devenu avec le temps représentatif d’une époque et me ramène à des souvenirs d’enfance.

Quel destin de merde. Le destin, c’est la misère parce que t’y peux rien. Ca veut dire que quoi que tu fasses, tu te feras toujours couiller. Ma mère, elle dit que si mon père nous a abandonnés, c’est parce que c’était écrit. Chez nous, on appelle ça le mektoub. C’est comme le scénario d’un film dont on est les acteurs. Le problème c’est que notre scénariste à nous, il a aucun talent. Il sait pas raconter de belles histoires.

A onze ans, le sort des banlieues c’était quelque chose de très vague pour moi. J’ai grandi en campagne profonde, alors pour mes camarades et moi, les problèmes des cités nous paraissaient très loin de notre quotidien.

Même si la narratrice évoque avec humour la pauvreté, les drogues, le déshonneur de la famille, ils n’en restent pas moins des sujets tabous. Des sujets qui mènent des familles à leur isolement et en décalage de la société. Pour l’accompagner dans son développement, Doria voit une psychothérapeute, Mme Burlaud, qu’elle trouve vieille et moche et qui lui pose des questions bizarres. Elle lui parle de M. Schihont, le patron de sa mère que sa mère a appelé malencontreusement M. Schiant à cause de son accent.

Si ça se trouve, dans la vie, M. Schihont, c’est un mec bien qui passe son temps à sourire, à faire l’aumône et à engueuler les gens qui se garent sur les places pour handicapés dans les parkings des grandes surfaces.
Elle a peut-être raison Mme Burlaud quand elle me dit que je ne supporte pas qu’on porte un jugement sur moi mais que je le fais tout le temps avec les autres. Sauf que pour M. Schihont, j’ai une marge d’erreur infime quand je dis que c’est un enfoiré.

Alors pour fuir cette réalité qui l’ennuie, elle rêve. Elle écoute Hamoudi lui conter des poèmes de Rimbaud, elle s’invente une vie. Elle se demande ce qu’elle va faire plus tard. Elle pourrait devenir une vedette et monter les marches de Cannes. Ça ferait la fierté de sa mère et ça ferait les pieds à son père qui la verrait à la télé. Mais bon pour l’instant c’est kif kif demain en attendant de devenir kiffe kiffe demain.

En tout cas, j’ai pas envie de me retrouver derrière la caisse d’un fast-food, obligée de sourire tout le temps en demandant aux clients : « Quelle boisson ? Menu normal ou maxi ? Sur place ou à emporter ? Pour ou contre l’avortement ? » Et de me faire engueuler par mon responsable si je mets trop de frites à un client parce qu’il m’a souri…. C’est vrai, ça aurait pu être l’homme de ma vie celui-là. Je lui aurais fait une réduction sur son menu, il m’aurait emmenée à Hippopotamus, m’aurait demandée en mariage, et on aurait vécu heureux dans son sublime F5.


Une lecture rapide et simple. Un témoignage sensible de la deuxième génération d’immigrés qui peine à trouver sa place entre tradition du pays à la maison et valeurs républicaines à l’école. Perdus entre deux cultures. Mais ce roman montre aussi de l’espoir et que l’accès aux moments de joie est possible. Tristement toujours d’actualité mais piquant d’humour.

Kiffe kiffe demain de Faïza Guène, éditions Le livre de poche, 188 pages, 5,70€.

2 réflexions sur “Kiffe kiffe demain de Faïza Guène

  1. Fattorius dit :

    J’en avais entendu parler à sa sortie, sur un blog aujourd’hui disparu – mais je n’ai jamais approché cet ouvrage. Il me semble en revanche que Faïza Guène a depuis tracé sa route dans le monde des livres.
    Bonne semaine à toi!

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