Boule de Suif de Maupassant

Ce livre a été lu dans le cadre du challenge Retour à l’école, relecture de livres étudiés en classe.

Boule de Suif c’est le livre qui a marqué toute mon année de 4e. Déjà parce que je ne l’avais pas du tout aimé. Ennuyant à mourir, j’avais fini par le lire en diagonale. Ce qui me valut la magnifique note de 6,5/20 lors de l’interro de français et une heure de colle à cause de la mauvaise note. Traumatisant. Et ensuite car, avec mes copines de colle (elles aussi avaient eu une mauvaise note), nous avons commencé à nous surnommer les Boules de Suif, qui est rapidement devenu un nom de code entre nous – BdS – jusqu’à la fin du collège.

Bref j’appréhendais beaucoup la lecture de ce livre. Est-ce qu’il va moins m’ennuyer 15 ans plus tard ? Est-ce que l’histoire en valait vraiment la peine ?

L’histoire d’ailleurs, il est temps de la présenter. Dans un Rouen occupé par l’armée Prusse, un fiacre se prépare à partir pour Le Havre. A bord : 3 couples de la haute bourgeoisie, 2 religieuses, 1 résistant qui estime être plus utile ailleurs (ou déserteur..?) et une prostituée surnommée Boule de Suif qui fuit après avoir refusé d’ouvrir son garde manger à un général ennemi. 

Mais lors de leur premier arrêt dans une auberge, un soldat prussien refuse qu’ils continuent leur voyage tant qu’il n’a pas eu ce qu’il demandait de la part de BdS. Mais c’est un refus catégorique de BdS qui a des valeurs politiques et patriotes. Elle ne couchera pas avec l’ennemi ! Le groupe se retrouve bloqué pendant plusieurs jours. Pour pouvoir repartir, tout le groupe décide perfidement de convaincre BdS de faire ce qu’elle a à faire pour le bien de tous. Ils la harcèlent, lui racontent des histoires, font tout pour la mettre dans le lit de cet ennemi. Même les religieuses s’y mettent !

Or beaucoup avaient commis des actes qui seraient des crimes à nos yeux ; mais l’Eglise absout sans peine ces forfaits quand ils sont accomplis pour la gloire de Dieu, ou pour le bien du prochain. C’était un argument puissant. (…)

« Alors, ma soeur, vous pensez que Dieu accepte toutes les voies, et pardonne le fait quand le motif est pur ?
– Qui pourrait en douter, madame ? Une action blâmable en soi devient souvent méritoire par la pensée qui l’inspire. »

BdS finalement cède en silence. Pendant qu’elle est occupée à l’étage, dans la salle de dîner, ça rigole et ça festoie à coup de blagues grivoises sur ce qui doit se passer au dessus de leur tête.

Les femmes se serrèrent, le ton de la voix fut baissé, et la discussion devint générale, chacun donnant son avis. C’était fort convenable du reste. Ces dames surtout trouvaient des délicatesses de tournures, des subtilités d’expression charmantes, pour dire les choses les plus scabreuses. Un étranger n’aurait rien compris tant les précautions de langage étaient observées. Mais la légère tranche de pudeur dont est bardée toute femme du monde ne recouvrant que la surface, elles s’épanouissaient dans cette aventure polissonne, s’amusaient follement au fond, se sentant dans leur élément, tripotant de l’amour avec la sensualité d’un cuisinier gourmand qui prépare le souper d’un autre.

Le lendemain le petit groupe évite BDS, elle qui est « sale », elle qui a couché avec l’ennemi. Puisqu’après tout « c’est son métier« . Alors que pourtant la veille, il y avait de l’agitation dans les chambres de tous, pas très conforme à leurs moeurs.

Et toute la nuit, dans l’obscurité du corridor coururent comme des frémissements, des bruits légers, à peine sensibles, pareils à des souffles, des effleurements de pieds nus, d’imperceptibles craquements. Et l’on ne dormit que très tard, assurément, car des filets de lumière glissèrent longtemps sous les portes. Le champagne a de ces effets-là ; il trouble, dit-on, le sommeil.

Boule de Suif - Paul Emile Boutigny en reproduction imprimée ou copie  peinte à l'huile sur toile

Mais le pire reste à venir. L’humiliation suprême. Il faut revenir un peu en arrière pour mieux comprendre. A leur tout départ de Rouen, les voyageurs n’avaient pas penser à prendre des vivres pour le voyage sauf une, BdS. Commençant son repas, elle n’ose en proposer aux autres du fait de son statut. Mais finalement ils cèdent à sa gentille proposition et lui vident entièrement son panier ! Revenons au lendemain du « crime ». Occupée toute la nuit, BdS n’a pas eu le temps de prendre des denrées pour le voyage. Contrairement à tous les autres. Mais lorsque l’estomac se creuse, tous sortent leur panier sans rien proposer à BdS qui a faim ! Pleurant discrètement dans son coin rejetée, humiliée, indignée, ils trouvent encore à l’enfoncer en disant qu’elle doit pleurer de honte après ce qu’elle a fait. Venant de ceux qui ont tout fait pour la compromettre et s’éloigner de ses valeurs.

On aurait pu croire, à la fin, que le seul rôle de la femme, ici-bas, était un perpétuel sacrifice de sa personne, un abandon continu aux caprices des soldatesques.

Cette histoire est totalement démoralisante. Elle montre l’hypocrisie et l’individualisme des hommes. Elle montre le pire du genre humain. Après un livre comme ça on hésite à se jeter d’un pont sans élastique. Je comprends pourquoi je n’avais pas aimé ma lecture à l’époque. Il va falloir que je lise d’autres nouvelles de Maupassant pour remonter le niveau.

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